Le froid étreignait les entrailles du guerrier, paralysait ses reins, s'enroulait le long de sa colonne vertébrale et se glissait jusqu'à sa nuque telle une caresse obscène. Les mains crispées sur les rênes, les muscles des cuisses tétanisés contre les flancs de sa jument de combat, Prysme de Lhorne, Vard-Rah et régisseur de Kertyr se focalisait avec colère sur la présence de l'animal pour ne pas être broyé par le froid.

Le cri d'une femme le tira de sa transe. Près de lui, un de ses soldats, une barbare à ses pieds dans la boue, brandissait un de ces colliers de cuivre portés par les femmes mariées du pays. D'un coup de pied à la tête, il assomma le soldat, dont le casque vola sous l'impact.

— On ne vole ni les femmes ni les enfants ! Aboya-t-il, se libérant en partie de la tension qui l'entravait; récupérez ce qui manque du tribut !

Ces barbares kertyrs du village de Barkidèh voyaient leurs maisons mises à sac pour avoir voulu jouer aux plus fins. Ils avaient rogné sur les impôts bisannuels et remplacé par de l'argent le précieux métal talga dont ils devaient s'acquitter.

Prysme avait décidé de les remettre à leur place une fois pour toutes en venant avec ses hommes recouvrer la différence. Le froid sec, avivé par le vent fort qui soufflait dans la vallée, lui paraissait plus tolérable que l'animal de glace qui le meurtrissait.

— Et cet objet complétera-t-il l'impôt ? Interrogea une voix juvénile en lhornahinn, la langue des conquérants.

Prysme abaissa son regard sur la masse des villageois rassemblés au début de l'après-midi au centre du village. Les autochtones, pour la plupart aussi grands que le Vard-Rah, s'écartèrent pour laisser le passage à une personne qu'il prit d'abord pour un vieillard : à peine de la taille d'une de leurs femmes, enveloppé d'une cape de fourrures de loup, s'avança un jeune homme aux cheveux d'argent et au teint presqu'aussi bronzé que celui d'un Lhornahinn. Il tendait à deux mains vers Prysme un magnifique bracelet en forme de dragon, tout en talga.

Prysme évalua l'objet une seconde, et son regard glissa jusqu'au visage du propriétaire du bijou. Et s'arrêta jusqu'à des yeux d'un bleu vif, clair comme le ciel de Kertyr.

Le vent se tut, le froid se dispersa et la colère s'éteignit.

L'Uni_ Prysme et Le Mage. Extrait Chapitre 1